Nout Kiltir
Maloya
On y chante, on y frappe, on y danse. Les trois ne se séparent pas. Le maloya n’est pas un air que l’on pose à côté des autres.
Dans les camps de canne
Il se forme dans la société de plantation, parmi des femmes et des hommes amenés de Madagascar et d’Afrique et tenus en esclavage. Personne n’en a signé l’acte de naissance. Un soliste lance, un chœur répond. Le corps entre dans le rythme. Le texte dit le travail, la peine, l’appel aux ancêtres.
Ce n’est pas qu’une complainte, et ce n’est pas qu’un rite. Les deux histoires coexistent. L’une se tient dans le temps de l’esclavage et de ce qui lui succède. L’autre continue dans des servis que l’on ne montre pas comme un spectacle. Les confondre, c’est déjà abîmer la chose.
L’interdit n’a pas une seule année
Abolir l’esclavage n’a pas rendu cette musique acceptable. Longtemps, battre le roulèr pouvait valoir une amende. Les récits ne s’accordent pas sur la fin de l’interdit. Une archive filmée la place en 1981. Un autre récit la place en 1982, l’année où l’île reconnaît officiellement le 20 décembre 1848. Les deux dates restent en regard. Aucun texte d’interdiction n’est cité ici à la place de cette divergence.
Les noms qui reviennent alors au grand jour, dans ces récits, sont ceux de Granmoun Lélé, de Firmin Viry et de Danyèl Waro. Ce chapitre ne raconte pas leur vie. Il dit seulement qu’on les entend de nouveau dehors.
Ce que les mains tiennent
Le roulèr est un grand tambour posé au sol. Le kayamb est un cadre que l’on secoue : des graines frottent dedans. On appelle pikèr le coup métallique. Un reportage filmé dit triangle. La voix reste devant. Plus tard, des groupes ajoutent d’autres instruments. Le maloya de scène, le maloya de famille et le maloya rituel n’ont pas le même droit d’être montrés.
2009 ne le fige pas
En 2009, le maloya est inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel. Le dossier de cette inscription parlait d’environ 300 groupes, et d’un enseignement. C’est le compte de ce moment-là, pas un recensement d’aujourd’hui. Inscrire ne veut pas dire arrêter. Les textes changent. Des formes se mêlent à d’autres musiques. Ce qui reste, c’est la transmission : dans une cour, dans un kabar, dans une école, pas dans une vitrine.
Le séga est une autre pratique. Il n’est pas le maloya sous un second nom. Le chant parlé continue du côté du fonnkèr. Les mains qui fabriquent les instruments rejoignent les savoir-faire. La langue est celle de Nout Lang.
