Tec-tec

Nout Natir
Certains animaux n’existent qu’ici. D’autres partagent les Mascareignes. D’autres sont arrivés avec les bateaux. D’autres ont disparu.
Vous avez photographié cet animal à La Réunion ? Une observation ou un souvenir de la faune péi à partager ?
La couleur attire l’œil ; le bec, les ailes et le comportement aident à reconnaître l’oiseau. Ces portraits ouvrent les fiches détaillées, pour prolonger la rencontre sans confondre les espèces.






Le papangue est le busard de l’île. Le paille-en-queue tient les falaises et le large. Quatre plus petits ont leur fiche : le tec-tec, tarier qui ne vit qu’ici ; le zoizo blanc, en bandes du jardin aux hauts ; le zoizo la Vierge, gobe-mouches des bois de couleurs ; la salangane, qui niche dans les tunnels de lave et que Maurice partage.
Le cormoran africain a disparu de La Réunion, tout en survivant ailleurs. Le dodo de Maurice et le solitaire de La Réunion appartiennent à l’histoire des disparitions des Mascareignes. Le solitaire réunionnais est aujourd’hui identifié comme un ibis : les témoignages, les dessins anciens et les ossements ne racontent pas tous la même étape de cette connaissance.
Les bichiques, alevins pris aux embouchures, sont une faune de rivière autant qu’un plat. Leur cycle et la règle de pêche sont dans Nout Rivièr. Les plantes qui portent ces milieux sont dans Nout Natir.
Le zoizo vert, ou zostérops de La Réunion, se distingue du zoizo blanc par son plumage et son cercle clair autour de l’œil. Un nom populaire proche ne signifie pas qu’il s’agit du même oiseau.
La Réunion est la seule île au monde à abriter deux espèces de pétrels endémiques. Le pétrel de Barau, Pterodroma baraui, et le pétrel noir de Bourbon, Pseudobulweria aterrima, ne reviennent à terre que pour nicher, dans des terriers de falaises difficiles d’accès. Le plan national d’actions 2021-2030, publié par les services de l’État, les protège tous les deux. Il reprend l’évaluation de l’UICN de 2019 : le premier en danger, le second en danger critique. Le même plan retient, pour le pétrel de Barau, une estimation de 15 000 à 20 000 couples tirée d’une étude de 2012. Ce n’est pas un comptage nouveau. Pour le pétrel noir, les effectifs restent trop incertains pour être donnés ici comme un chiffre actuel.
Les colonies ont été trouvées tard, parce que les sites sont raides. La première colonie de pétrel de Barau est décrite en 1995, sous le Grand Bénare. Une autre est atteinte en 2001 au Bras des Étangs, vers 2 400 mètres, avec la brigade nature et le peloton de gendarmerie de haute montagne. La première colonie de pétrel noir de Bourbon n’est découverte que le 15 novembre 2016, dans la Rivière des Remparts. Une seconde suit en février 2017, du côté de Grand Bassin.
Les jeunes qui quittent le nid pour la mer se perdent parfois dans les lumières des villes. On parle d’échouage. Le plan national compte plus de 14 000 pétrels de Barau recueillis entre 1995 et 2018 par le réseau de la Société d’études ornithologiques de La Réunion, puis relâchés. Les chats et les rats, arrivés avec les humains, prélèvent aussi dans les colonies. Le sort de ces deux oiseaux marins endémiques se joue entre les falaises et les lumières du littoral.

Une partie de la faune visible n’est pas née ici. Le tangue a son récit, lié à la cuisine autant qu’à l’animal. Les rats et les chats comptent parmi les prédateurs des espèces qui, elles, ne vivent qu’à La Réunion. Les introductions animales, les disparitions locales et les extinctions mondiales sont des phénomènes différents.
Le même plan note que les lumières désorientent aussi deux puffins qui nichent sur l’île : le puffin du Pacifique, Ardenna pacifica, et le puffin tropical, Puffinus bailloni. L’échouage ne concerne donc pas uniquement les pétrels endémiques. Les colonies de pétrels, elles, sont prises dans le zonage de la charte du Parc national. Une partie des sites du pétrel noir est, depuis 2006, couverte par un arrêté de protection de biotope qui encadre l’accès et les survols. La protection des colonies concerne aussi la tranquillité de leur environnement.
Les bichiques ne sont pas des oiseaux. Leur cycle et les règles de pêche restent dans Nout Rivièr. Les milieux végétaux qui portent ces animaux restent dans Nout Natir. Les animaux et les milieux qui les abritent appartiennent à une même histoire du vivant.
Le papangue, Circus maillardi, ne niche nulle part ailleurs. C’est un busard : ailes souvent relevées, vol bas au-dessus des cannes, des pâturages et des friches. Le mâle, plus clair, se distingue le plus vite dans le ciel. BirdLife le classe en danger. Les dénombrements de couples restent liés à une période et à une méthode de suivi.
L’oiseau n’est pas une trouvaille de naturalistes de passage. Au XIXe siècle, Antoine Louis Roussin le grave déjà parmi les figures de Bourbon. Le dessin montre comment on le voyait : un rapace de l’île, pas une curiosité rapportée. Aujourd’hui, le réduire, c’est réduire les milieux ouverts où il chasse. La photographie en vol, au-dessus d’un rempart pris dans le nuage, dit mieux qu’un tableau de chasse : l’oiseau tient le relief.

Le pétrel de Barau porte le nom d’Armand Barau. Longtemps, on a connu ces oiseaux de mer sans les nommer ainsi. En 1804, Bory de Saint-Vincent note déjà que l’on va chercher dans les hauts de gras oiseaux de mer, autour du volcan, de la rivière de l’Est et des Salazes. Le récit prouve une connaissance ancienne. La fréquentation ancienne de ces montagnes appartient aussi à la mémoire des relations entre les habitants et les oiseaux.
La description scientifique vient beaucoup plus tard. Le 28 avril 1963, un oiseau est trouvé sur le Barachois, à Saint-Denis. Christian Jouanin le décrit en 1964, d’abord sous le nom Bulweria baraui. Le nom de genre actuel, Pterodroma, est fixé ensuite. Les colonies, elles, ne sont localisées que des décennies plus tard. La première colonie reconnue sous le Grand Bénare date de 1995. Le nom et la falaise ne sont pas nés le même jour.

Le gecko vert de Manapany, Phelsuma inexpectata, tient dans la main. Robert Mertens le décrit en 1966. Son monde connu est le littoral du sud, autour de Manapany, à Saint-Joseph. Une étude de 2011 le trouvait déjà cantonné à une frange côtière minuscule, assez pour justifier le statut d’espèce en danger critique. Sur cette bande littorale, une route, un jardin trop « nettoyé », un vacoa coupé peuvent rogner un territoire déjà étroit.
Ce n’est pas un animal de terrarium. C’est un voisin discret. La photographie le montre sur une écorce de vacoa, à Manapany. Le vacoa de la côte et ce lézard se tiennent l’un l’autre. Les plantes sont dans Nout Natir. Ici, il s’agit de l’animal, et de la minceur de son rivage.

Les rats et les chats, déjà nommés plus haut, sont arrivés avec les bateaux et pèsent sur les pétrels. Le tangue, tenrec venu de Madagascar, s’est installé autrement : il est devenu gibier et sujet de récits, au point qu’on oublie parfois qu’il n’est pas né ici. Le confondre avec une espèce endémique, c’est effacer le voyage. Le dodo et le solitaire rappellent l’effacement inverse. Leur histoire se lit à travers les archives et les collections, là où les espèces vivantes peuvent encore être observées.
Une disparition peut laisser des récits, des dessins ou des ossements. Les représentations anciennes du solitaire ont longtemps entretenu la confusion avec les dodos ; les collections ont permis de reprendre cette histoire. À l’inverse, les zones humides restent des milieux vivants, transformés par les usages et les aménagements. Les découvrir aide à comprendre pourquoi une espèce ne se protège pas seulement sur une image.


Une observation peut enrichir cette connaissance : indiquez le lieu et la date, décrivez ce que vous avez vu, et gardez une distance qui laisse l’animal poursuivre sa vie. L’emplacement précis d’un nid ou d’une colonie sensible n’a pas à être rendu public. Une incertitude d’identification peut être signalée dans votre proposition.