Des français multiples
Les Européens du XVIIe siècle n’arrivent pas tous avec une même manière de parler : français oral, usages régionaux et dialectaux participent au matériau de départ.
Nout Kiltir · Nout Lang
Kozé nout péi. Konprann son listwar. Gard son bann voix.
Notre créole est une langue vivante, née dans l’histoire particulière de Bourbon et façonnée par des générations de contacts, de transmissions et de transformations. Ici, aucune manière de parler n’est déclarée « meilleure » qu’une autre.
Kot nout lang i sort ?
Les chercheurs décrivent une histoire de contacts et de restructurations. Le vocabulaire est très majoritairement issu du français, mais le réunionnais se forme dans une société où se rencontrent des populations, langues et cultures multiples. L’importance exacte de chaque mécanisme reste un sujet scientifique : Mwin Lé Réunion présentera les hypothèses comme des hypothèses.
Les Européens du XVIIe siècle n’arrivent pas tous avec une même manière de parler : français oral, usages régionaux et dialectaux participent au matériau de départ.
Malgaches, Africains, Indiens et autres populations de l’océan Indien vivent dans une société contrainte et profondément inégalitaire où la communication se transforme.
Les travaux d’Annegret Bollée mettent en avant un développement graduel, notamment lors du passage vers la société de plantation après l’introduction du café.
Une langue devient pleinement langue de communauté lorsqu’elle est apprise, réorganisée et transmise entre générations. Les enfants nés sur l’île jouent donc un rôle central dans sa continuité.
Une trace écrite exceptionnelle
Philippe Caulier consigne vers 1763 ou au début des années 1770 un parler utilisé à Bourbon auprès d’esclaves. Le terme « créole » n’est pas encore celui qu’il emploie pour désigner cette langue, mais le document est précieux pour suivre son évolution.
« Li qui fini faire le Ciel la terre… »
La forme li est donc attestée très tôt dans un document bourbonnais. Le texte doit être lu dans son contexte colonial et missionnaire, sans reprendre les jugements de valeur de son auteur sur la parole des personnes esclavisées.
Lire l’édition scientifique sur Creolica ↗Les premiers peuplements mettent en contact des formes régionales du français avec les langues et pratiques des populations venues notamment de Madagascar et de l’océan Indien.
Les recherches décrivent une créolisation progressive, accélérée par les transformations démographiques et sociales liées au café et à la société de plantation.
Les textes de Philippe Caulier consignent un parler utilisé auprès d’esclaves à Bourbon. Ils attestent déjà plusieurs structures qui éclairent l’histoire du réunionnais.
Le créole s’enracine comme langue maternelle et de médiation, tandis que les représentations sociales tendent à opposer français valorisé et créole minoré.
La progression institutionnelle du français accentue longtemps l’inégalité de statut entre français et créole, sans faire disparaître les pratiques créoles.
La loi d’orientation pour l’outre-mer étend explicitement aux langues régionales des départements d’outre-mer les politiques prévues pour les langues régionales.
Une section créole est créée au CAPES en 2001 ; la session 2002 marque une nouvelle étape de l’institutionnalisation de l’enseignement.
Le nouveau programme officiel décrit les variétés historiques en li et en lu et insiste sur leur mélange dans les pratiques contemporaines.
La question que tout le monde entend
Le programme national 2026 décrit deux grandes variétés historiques : le créole en li, dit sifflant, et le créole en lu, dit chuintant. Elles ont été géographiquement marquées pendant un temps, mais elles sont aujourd’hui largement mélangées.
Dans cette variété, le programme indique notamment l’absence traditionnelle des phonèmes /y/, /ʃ/ et /œ/. Le son /i/ peut couvrir des formes écrites avec i ou u ; le son « ch » /ʃ/ n’appartient pas au système traditionnel de cette variété.
Repère descriptif : il ne s’agit ni d’une faute ni d’un créole « moins bon ».Ce ne sont pas deux langues séparées. Ce sont des ensembles de traits phonologiques et prosodiques historiques du créole réunionnais.
Dire aujourd’hui « telle commune parle li, telle commune parle lu » sans enquête serait trompeur. Mobilités, familles et contacts ont mélangé les formes.
Le programme officiel souligne qu’il est rare de trouver aujourd’hui des locuteurs utilisant exclusivement tous les traits d’une seule variété.
L’âge, le quartier, la famille, les interlocuteurs et la situation de parole peuvent influencer les formes employées.
Les travaux sur les pronoms personnels font remonter le pronom réunionnais de troisième personne au français disjoint lui → li. L’opposition emblématique li/lu appartient ensuite à l’histoire phonologique des variétés réunionnaises. Pour expliquer précisément où, quand et comment chaque trait s’est diffusé, nous nous appuierons sur l’Atlas linguistique, les corpus et la parole des habitants.
Nout bann mo
Mwin Lé Réunion ne retient que les filiations documentées. Pour chaque origine proposée, nous distinguons ce qui est solidement établi, ce qui relève d’une hypothèse linguistique et ce qui demeure incertain.
Première personne.
Troisième personne, sans obligation de distinguer masculin et féminin.
Première personne du pluriel.
Forme de deuxième personne singulière.
Forme plurielle issue d’anciennes constructions françaises.
Son rôle a été réanalysé au cours de la créolisation ; il fonctionne notamment comme marqueur préverbal.
Pour les mots souvent présentés comme malgaches, tamouls, indo-portugais, africains, anglais ou autres, nous ne publierons une origine précise qu’après vérification lexicographique. Une ressemblance de son ne suffit pas à prouver une filiation.
Lékritir nout lang
Parce qu’une langue d’abord massivement orale peut être transcrite selon plusieurs choix. Le créole réunionnais n’a pas aujourd’hui une orthographe unique imposée à tous ; plusieurs traditions graphiques coexistent.
Des auteurs ont longtemps tenté de noter le créole avec les habitudes orthographiques du français, parfois avec de grandes variations d’un texte à l’autre.
Une proposition à base phonologique issue d’un travail collectif, conçue pour mieux faire correspondre sons et graphèmes.
Une variante phonologique qui renforce certains choix comme l’emploi de w et y.
De nouveaux systèmes cherchent notamment à mieux représenter les variantes de prononciation et à améliorer la lisibilité.
Nous n’effacerons pas les variantes au nom d’une seule écriture. Pour les témoignages, nous conserverons la voix originale ; la transcription indiquera la convention utilisée. Lorsque plusieurs graphies existent, elles pourront être affichées côte à côte avec une explication.
Kozé dann chaque koté
Nous ne colorons pas aujourd’hui l’île en « zone li » et « zone lu » : ce serait trop simplificateur. À la place, nous allons constituer une carte fondée sur des voix réelles, datées et localisées.
Chaque bouton renvoie déjà vers la fiche Nout Commune. À mesure des collectes, la fiche communale pourra afficher les voix et expressions réellement attestées dans ses quartiers.

Nout Lang an voix
Son premier témoignage intégré à Mwin Lé Réunion reste en créole original. La langue, le rythme, les mots de la plante et la façon d’expliquer font partie du patrimoine autant que le sujet raconté.
Écouter « Bwa d’fer »🎙️ Rakont anou — Nout Lang
Un zarboutan qui dit « li », « lu », « mwin », « mouin » ou une forme intermédiaire nous transmet aussi un accent, un rythme, une intonation et une histoire sociale.
Oussa ou la grandi ? Oussa out momon, out papa, out gramoun té i viv ?
Koman bann gramoun té i kozé kan ou té marmay ? Kèl mo ou antann pi zordi ?
Dann out famiy, zot té i di « li » ou « lu » ? Eske ou minm ou sèvi lé dé ?
Ou koz parey dann lakaz, travay, légliz, bazar, avèk marmay ou avèk in moun ou koné pa ?
Kèl fraz, sirandane, proverbe ou fason kozé ou voudré pa voir disparèt ?
Kosa ou voudré bann zanfan apré nou i koné dessi nout lang ?
Sources vérifiées
Cette première version privilégie les programmes officiels, l’Université de La Réunion, les corpus scientifiques et les travaux spécialisés. Elle est conçue pour s’enrichir sans figer la langue.