Nout LékolApprendre, travailler, s’élever — la mémoire de l’éducation à La Réunion.Raconter son école

Quand aller à l’école n’allait pas de soi

Nout Lékol

Apprendre. Travailler. S’élever.

À La Réunion, l’histoire de l’école est aussi l’histoire des inégalités, de la pauvreté, des distances, du travail familial et des générations qui ont voulu offrir davantage à leurs enfants.

Ce chapitre ne cherche pas à dire aux jeunes comment ils doivent vivre. Il veut leur donner les clés pour comprendre d’où vient le chemin qu’ils empruntent aujourd’hui.

La case, le chemin et le travail familial pèsent sur l’accès à l’école.

Avant la classe, il y avait la vie

Ce que cette page tient

Les dates tenues sur cette page sont 1817, 1818, 1845, et le 6 octobre 1934 pour le Cours Juliette Dodu.

La question fondamentale

Qui avait réellement accès à l’école ?

1817

Écoles élémentaires pour les plus pauvres

Des écoles élémentaires ouvrent pour des enfants indigents, blancs et libres de couleur. L’accès existe, mais la société coloniale demeure profondément hiérarchisée.

1818

Le Collège Royal

À Saint-Denis, le Collège Royal propose une éducation payante d’excellence, longtemps réservée à la bourgeoisie blanche. Deux mondes scolaires coexistent donc très tôt.

1845

Aucun enfant esclave scolarisé

Le Portail de l’esclavage à La Réunion indique qu’en 1845 aucun enfant esclave n’est scolarisé dans la colonie. L’accès au savoir révèle ici toute la violence du système esclavagiste.

Une longue marche

L’école se démocratise, mais pas d’un seul coup

1817

Frères et Sœurs ouvrent des écoles

Des écoles élémentaires apparaissent notamment à Saint-Denis, Saint-Paul et Saint-Pierre. Les filles et les garçons ne suivent pas les mêmes circuits scolaires.

1818

Collège Royal de Saint-Denis

L’enseignement secondaire colonial se structure autour d’un établissement destiné d’abord aux élites.

1848

Après l’abolition

La fin légale de l’esclavage ne supprime pas les inégalités sociales. Accéder à l’école, y rester et poursuivre des études restent des enjeux distincts.

XIXe–XXe

Écoles, instituteurs et territoires

Le réseau scolaire progresse, mais l’éloignement, les chemins, la pauvreté des familles et les besoins de la maison continuent à peser sur la fréquentation scolaire.

1934

Premier Cours Supérieur des filles

Le 6 octobre 1934, le Cours Juliette Dodu est créé à Saint-Denis : un repère majeur dans l’histoire de l’enseignement féminin à La Réunion.

Après 1946

Une nouvelle échelle

La départementalisation ouvre une nouvelle période : multiplication des établissements, développement des infrastructures, des transports scolaires, de la formation professionnelle puis des études supérieures.

Ceux qui devaient enseigner

L’école des maîtres a été ouverte, fermée, rouverte

Avoir une classe ne suffit pas. Encore faut-il former celles et ceux qui y enseignent. Les travaux d’histoire de l’enseignement réunionnais décrivent un cours normal dès 1875, adossé au collège de Saint-Paul, puis transféré en 1879 à Saint-Denis. Une école normale lui succède en 1881. Elle ouvre le 16 janvier 1882 et, l’année suivante, un décret l’assimile aux écoles normales de métropole. Le calendrier ressemble à celui des lois scolaires de la République. Le résultat, sur l’île, ne le copie pas.

Le financement, la tutelle et la place des congrégations enseignantes divisent le Conseil général. Un arrêté du 23 septembre 1897 supprime l’école normale et rétablit un cours normal au lycée, sous le proviseur. Des années passent presque sans formation, faute de postes à offrir. La réouverture de 1911 apporte une nouveauté : la formation devient mixte. Entre ces dates, les écoles de 1817 et le Collège royal de 1818 continuent d’exister. Ils ne forment pas le même public, la page le disait déjà. L’école des maîtres montre autre chose : même l’outil républicain pour fabriquer des instituteurs a été jugé, un temps, trop lourd ou trop politique pour la colonie.

Étudier sans quitter l’île

Du premier institut à l’université

Longtemps, poursuivre après le secondaire voulait dire partir. Sur place, la structuration du supérieur commence plus tard que les écoles primaires. En 1963 ouvre un institut d’études juridiques, économiques et politiques, antenne d’Aix-Marseille. En 1970, ce pôle devient le Centre universitaire de La Réunion. Le décret du 15 octobre 1982 l’érige en université. Le décret du 17 juillet 1984 lui donne le statut d’université de plein exercice. L’établissement lui-même raconte cette suite, et la Bibliothèque nationale la confirme pour le décret de 1982.

La départementalisation de 1946, déjà nommée plus haut, change l’échelle des écoles, des transports, de la formation professionnelle. Elle ne crée pas l’université à elle seule. Quinze ans séparent le centre universitaire de 1970 et le plein exercice de 1984. Entre les deux, étudier à La Réunion cesse peu à peu d’être une exception réservée à ceux qui peuvent embarquer. Les voix d’élèves et d’enseignants n’entrent sur cette page que si quelqu’un les a portées. Le bouton ci-dessous reste le chemin.

Le nom sur le fronton

Leconte de Lisle, et ceux qui n’entraient pas

Charles Marie René Leconte de Lisle naît à Saint-Paul le 22 octobre 1818. Le lycée de Saint-Denis porte aujourd’hui son nom. Le choix honore un poète né dans l’île. Il ne dit pas que le siècle du poète était celui de l’école pour tous. La date de 1845, déjà écrite plus haut, dit qui n’entrait pas dans la classe. Le nom du poète et cette date doivent rester dans le même chapitre. Sinon le fronton efface la porte fermée.

Le lycée qui porte son nom est un bâtiment d’aujourd’hui. Il ne montre pas les enfants qui restaient dans les champs ou dans la cour de la case. Le Collège royal, déjà nommé plus haut, ne les réunissait pas.

Photographie ancienne du lycée de Saint-Denis, avec sa cour et ses galeries.
Lycée de Saint-Denis. La photographie, offerte par P. S. Cuinier, montre la cour et les galeries. Le tampon de la Société de géographie de Paris porte « 6 NOV 85 ». On y voit le bâtiment, pas la liste de ceux qui pouvaient y entrer. Domaine public. Fichier d’origine.

Les frères, les sœurs, la pierre

Une chapelle pour un réseau d’écoles

Les Frères des écoles chrétiennes et les congrégations de sœurs ont ouvert des écoles élémentaires, notamment à Saint-Denis, Saint-Paul et Saint-Pierre. Filles et garçons ne franchissaient pas la même porte. À Saint-Denis, une chapelle rappelle ce réseau dans la pierre. Ce n’est pas une preuve que l’enseignement y était égal. C’est la trace d’institutions qui ont tenu des classes quand la colonie n’en ouvrait pas pour tout le monde.

Dans les Hauts, la distance comptait autant que le règlement. Une case à Bois Court, dans l’Entre-Deux, n’est pas une école. Elle rappelle d’où partait l’enfant : une cour, un chemin, parfois une journée. Les récoltes ont longtemps pesé sur la présence en classe. La page le disait pour la pauvreté et le travail familial. Le paysage le montre autrement : l’école n’était pas au bout de la varangue.

Case créole à Bois Court, dans les Hauts de l’Entre-Deux.
Case à Bois Court, Entre-Deux. D’ici, l’école se trouvait au bout d’un chemin, pas dans la cour. Photographie de Rémih, CC BY-SA 4.0. Fichier d’origine.

Après 1946, le car, les collèges de commune et, beaucoup plus tard, l’université changent l’échelle. Les décrets de 1982 et de 1984 sont déjà datés plus haut. Ils n’ont pas rendu tous les métiers étudiables sur place. Certaines formations demandent encore de partir. Le bouton des témoignages reste le seul chemin pour une voix d’élève ou d’enseignant : cette page n’en invente pas.

Les témoignages d’école ne sont publiés que lorsqu’une voix les a portés.

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