Nout Patrimoine · Saint-Bernard · La Montagne
La léproserie
On a bâti ici pour tenir les malades à l’écart. Le lieu est resté. Les personnes qui y ont vécu ne doivent pas disparaître derrière le bâtiment.
À l’écart, sur la pente
Saint-Bernard est un écart de Saint-Denis, sur les pentes de La Montagne, au-dessus de la mer. En 1856, l’établissement commence. La congrégation des Filles de Marie en a l’administration. Le choix du site n’est pas un hasard de terrain : il est posé là où l’on veut l’isolement. Le quadrilatère encore debout est du XXe siècle.
Au sud-est, des cachots reçoivent les malades jugés récalcitrants, ou ceux que la justice a condamnés. Le bâtiment est petit : 6,36 mètres de long, 4,60 de large, quatre cellules étroites. Les fenêtres font un mètre de côté. Devant, une cour d’environ 50 mètres carrés. Les sols sont enduits de chaux. Un canal maçonné, suivi sur 12,5 mètres, longe les façades et file vers la ravine. Il est posé sur le terrain naturel : rien n’existait là avant. Dans le sol, des barres de fer sont encore en place, prévues pour des menottes à la cheville.
L’enduit intérieur, un jaune clair, porte des graffitis. Des gens ont été enfermés dans ces quatre pièces, et ils y ont laissé une trace.
Fermer, rouvrir, puis quitter
Les cachots sont abandonnés une première fois au début du XXe siècle, sans doute après un cyclone dont on ne fixe pas la date. Le bâtiment est ensuite remis en usage. En 1982, la fermeture est définitive. Les derniers malades sont transférés à l’hôpital de Bellepierre, à Saint-Denis.
Le quadrilatère visible aujourd’hui n’est pas le bâtiment de 1856 tel qu’il est sorti de terre. La grande campagne de construction est du XXe siècle. L’établissement, lui, commence en 1856. Un lieu de soin peut être plus ancien que le corps de bâtiment encore debout.
La commune de Saint-Denis est propriétaire depuis 1986. Le 17 décembre 2015, l’ancienne léproserie est inscrite au titre des monuments historiques, en totalité : le terrain, la cour, les piliers de basalte et les cachots, au 146, chemin du Père-Raimbault. Le même jour, l’ancien cimetière des malades, appelé cimetière du Père Raimbault, est inscrit lui aussi, avec son mur, les alignements d’anciennes croix et le calvaire en bord de route.
Le prêtre qui reste
Dans les années 1930, Clément Raimbault choisit cette paroisse. Il n’est pas médecin. Il a déjà une longue vie de missionnaire, et il connaît les plantes. À Saint-Bernard, il est le curé, et il se tient auprès des malades. On le dit arrivé en 1934, ou en 1935 : les récits ne fixent pas la même année. Sa mort, elle, est datée. Le 12 novembre 1949, à l’aube, il meurt à Saint-Denis. La veille, une syncope l’a pris. On a voulu le descendre en clinique. Il a refusé : trois malades étaient en cours de traitement, et il ne voulait pas interrompre la série.
La mémoire du quartier lui donne le nom de père des lépreux. Ce titre dit le dévouement. Il ne fait pas de lui un médecin. Deux cyclones ont abîmé la paroisse et une partie de ses papiers. Ce qu’ils ont coûté en vies, dans l’établissement, n’est pas établi.
Ce que la rue montre encore
Le nom est resté sur le mur pendant que l’aile servait déjà au quartier. Les cachots, eux, ne sont pas dans le cadre. Ils sont derrière, au sud-est. La protection de 2015 les tient avec le reste du lieu.
