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Nout Patrimoine · Histoire du soin

Les hôpitaux de La Réunion

Des établissements coloniaux au CHU : des lieux, des métiers et des vies.

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Bâtiments, métiers, vies

Quand l’histoire du soin traverse la ville

Un portail, une allée, un ancien pavillon : les hôpitaux laissent dans le paysage des traces que l’on peut longer sans connaître. Derrière ces murs se rencontrent pourtant plusieurs histoires de La Réunion. Celle des marins et des soldats, celle des personnes esclavisées, celle des familles venues chercher des soins, celle des personnels qui ont appris, travaillé et transmis un métier.

L’hôpital n’a pas toujours été l’institution que nous connaissons. Ses fonctions, ses règles d’admission et sa place dans la société ont changé. Une même construction peut avoir accueilli des malades, des convalescents, des personnes internées, puis une administration. Suivre ces usages évite de réduire le patrimoine sanitaire à quelques façades remarquables.

Le portail de l’ancien hôpital Félix-Guyon à Saint-Denis, photographie contemporaine.
Le portail de l’ancien hôpital Félix-Guyon à Saint-Denis, photographie contemporaine.Thierry Caro · CC BY-SA 3.0.

Saint-Paul : du Gouvernement à l’histoire psychiatrique

Entre 1764 et 1767, à la fin de la période de la Compagnie des Indes, un grand bâtiment hospitalier est construit à Saint-Paul, près du cimetière marin. Il devient l’hôpital du Gouvernement. Des marins, des militaires, des personnes esclavisées invalides et d’autres patients figurent parmi les catégories accueillies. Ces mots disent déjà une organisation coloniale du soin, où la situation sociale et juridique pèse sur les parcours.

Les règles d’entrée et de sortie passent notamment par l’autorité du gouverneur. Le 1er juin 1872, la gestion est transférée de la Marine à la colonie. Le décret du 20 octobre 1896, suivi de la circulaire du 10 mars 1897, organise la limitation du nombre d’hôpitaux coloniaux. À la fin du XIXe siècle, cette réorganisation des hôpitaux coloniaux privilégie Saint-Denis ; le site de Saint-Paul devient lié à l’asile, puis à l’histoire de la psychiatrie réunionnaise. L’appellation d’hôpital psychiatrique apparaît en 1951.

Les termes anciens, dont celui d’« aliénés », appartiennent à leur époque. Ils ne doivent pas devenir notre façon de nommer les personnes. Lire cette histoire, c’est aussi mesurer le poids de l’enfermement, les transformations des pratiques et la place progressive donnée aux patients. Un mur conservé ne raconte pas à lui seul les vies qui se sont déroulées derrière lui.

Le bâtiment ancien, resté visible sous le viaduc, a ensuite accueilli la direction générale du CHU. Ce changement d’usage relie la mémoire de Saint-Paul à une institution hospitalière devenue insulaire.

Camp Ozoux : un hôpital, mais aussi de l’eau

À Saint-Denis, l’hôpital colonial du Camp Ozoux ouvre en 1899. La reconstruction engagée en 1906 conduit à sa réouverture en 1908 sous le nom de Félix-Guyon, avec 130 lits. Dans une organisation pavillonnaire, les bâtiments se répartissent de part et d’autre d’une allée. Le portail monumental garde aujourd’hui la trace de cet ensemble.

La même période voit la mise en service d’une adduction utilisant un tunnel de 2 500 mètres depuis la rivière Saint-Denis. Ce rapprochement est parlant : soigner demande de l’eau, des circulations, des bâtiments et une organisation matérielle. L’histoire hospitalière rejoint ainsi celle des travaux urbains et des ressources, loin de la seule succession des médecins célèbres.

L’ancien site perd sa fonction de principal hôpital lorsque Bellepierre prend le relais en 1957. Ses réaffectations ultérieures prolongent une autre continuité : un lieu de soin peut devenir un lieu d’administration ou de formation sans que son histoire soit effacée.

Félix Guyon, photographié par l’atelier Nadar. Document des collections Wellcome.
Félix Guyon, photographié par l’atelier Nadar. Document des collections Wellcome. · CC BY 4.0.

Bellepierre, un changement d’échelle

La première pierre du nouvel hôpital de Bellepierre est posée le 23 mars 1953. L’inauguration a lieu le 4 juillet 1957. Le nom de Félix Guyon rend hommage à l’urologue. Pour beaucoup de Réunionnais, Bellepierre devient aussi un repère familier : le nom d’un quartier finit par désigner l’hôpital dans la conversation quotidienne.

Cette construction s’inscrit dans les transformations sanitaires de l’après-départementalisation. Elle ne fait pas disparaître d’un seul coup les difficultés de logement, d’accès à l’eau ou de répartition des moyens. Elle marque néanmoins un investissement important et une nouvelle organisation des services. Le progrès se construit dans des bâtiments, mais aussi dans les équipes et dans la possibilité d’y arriver.

Un rapport du Sénat du début des années 1970 distingue encore Bellepierre, l’ancien Félix-Guyon et Saint-Bernard. Cette photographie administrative d’une époque rappelle qu’un hôpital peut réunir des sites très différents. Les additions de lits ne suffisent pas à dire leur confort, leurs fonctions ou le vécu des patients.

Le site Félix-Guyon à Bellepierre, dans une photographie conservée sur Wikimedia Commons.
Le site Félix-Guyon à Bellepierre, dans une photographie conservée sur Wikimedia Commons.Thierry Caro · CC BY-SA 3.0.

Saint-Bernard : soigner et tenir à distance

La léproserie de Saint-Bernard appartient à cette histoire sanitaire, mais son rôle d’isolement lui donne une place particulière. Le nouvel ensemble hospitalier de 1957 la compte parmi ses composantes. Les derniers malades ne quittent pourtant le lieu qu’en 1982. Une réorganisation institutionnelle et la fin d’un établissement ne surviennent donc pas nécessairement au même moment.

Les bâtiments conservés parlent d’un rapport ancien à la maladie, à la peur et à la séparation. Ils rappellent surtout la présence de personnes qui ont vécu cet éloignement. La page de la léproserie de Saint-Bernard permet de poursuivre ce récit sans le confondre avec celui d’un hôpital général.

Un bâtiment de l’ancienne léproserie de Saint-Bernard, photographié après la fin de son usage sanitaire.
Un bâtiment de l’ancienne léproserie de Saint-Bernard, photographié après la fin de son usage sanitaire.Thierry Caro · CC BY-SA 3.0.

Le Sud rassemble ses établissements

L’histoire du CHU ne se résume pas à Saint-Denis. Dans le Sud, les rapprochements d’établissements dessinent une autre trajectoire. Saint-Pierre et Le Tampon sont réunis en 1978. Le site tamponnais vient notamment de l’ancien sanatorium créé en 1960, ensuite transformé pour d’autres prises en charge.

Saint-Louis rejoint l’ensemble en 1997, puis Saint-Joseph et Cilaos en 1998. L’appellation de Groupe hospitalier Sud Réunion s’impose en 2000. Ces étapes montrent comment une organisation commune se construit à partir de lieux qui gardent leurs histoires et leurs fonctions. Une fusion ne signifie pas que tous les patients se retrouvent dans un seul bâtiment.

L’hôpital de Saint-Joseph : un des sites de l’histoire hospitalière du Sud.
L’hôpital de Saint-Joseph : un des sites de l’histoire hospitalière du Sud.Clémenceau Lauret · CC BY-SA 3.0.

Le 1er janvier 2012, le groupe du Sud et Félix-Guyon forment le Centre hospitalier régional. Le 29 février, la convention hospitalo-universitaire crée le CHU de La Réunion. Le soin s’articule alors avec la formation universitaire et la recherche. Ce repère prolonge une histoire ancienne de transmission des métiers, sans en constituer le premier chapitre.

Quelques étapes, plusieurs territoires
  1. 1764–1767Construction de l’hôpital à Saint-Paul.
  2. 1899–1908Camp Ozoux, puis Félix-Guyon à Saint-Denis.
  3. 1957Ouverture de Bellepierre.
  4. 1978–2000Rapprochements des établissements du Sud.
  5. 2012Création du CHU de La Réunion.

Les métiers derrière les grandes dates

Les noms d’établissements occupent les chronologies ; les gestes quotidiens les rendent possibles. Sages-femmes, infirmières et infirmiers, aides-soignants, médecins, personnels techniques, administratifs et de service participent à cette mémoire. Les écoles et les formations ont leur propre histoire, étroitement liée à l’évolution des besoins de l’île.

Les pages sur la variole et le paludisme donnent deux autres entrées dans cette transformation du soin. Dans Nout Patrimoine, l’hôpital mérite ainsi une place entière : un bâtiment, une institution et une histoire sociale que les témoignages peuvent encore éclairer.