Nout ZistoirComprendre d’où nous venons pour mieux transmettre ce que nous sommes. Nout Zistoir

Nout Zistoir · 2 au 5 février 2022

Batsirai au large

Le centre ne touche pas La Réunion. Il longe, lentement, l’arc des deux cents kilomètres au nord. Les Hauts, eux, reçoivent en quelques jours une hauteur d’eau que l’on n’avait plus mesurée ainsi depuis les grands cyclones de pluie.

Huit ans, puis deux alertes rouges

Batsirai met fin à la plus longue période contemporaine sans alerte rouge dans le département : huit années, depuis Béjisa au début de janvier 2014. L’île avait pris l’habitude de voir les systèmes passer sans que la route soit interdite. Février 2022 casse cette habitude deux fois. Dix-huit jours après Batsirai, Emnati déclenche une seconde alerte rouge. Emnati reste plus loin, entre 350 et 400 kilomètres au nord. Batsirai, lui, s’attarde.

L’après-midi du 3 février, le cyclone tropical intense transite à un peu moins de 200 kilomètres des côtes nord. Il longe cet arc pendant vingt-six heures. Ce n’est pas un frôlement d’une heure. C’est un ciel qui reste branché sur les pentes. Les premières pluies marquées touchent les contreforts du Sud sauvage dans la nuit du 1er au 2. Le 2, elles s’intensifient sur le volcan. Dans la nuit du 2 au 3, elles gagnent les cirques. Le 3, pendant que le centre est au plus près, elles deviennent torrentielles dans les Hauts, puis restent fortes dans le Sud sauvage après l’éloignement.

Les chiffres qui ont bougé

Un premier décompte opérationnel a parlé de 2 160 mm en cinq jours à Bellecombe-Jacob, de 2 044 mm à Commerson, de 1 540 mm à La Nouvelle, et de plus de 1 200 mm à Cilaos et à Grand-Galet. Il ajoutait 1 815 mm en deux jours à Bellecombe, au-dessus des 1 638 mm de Hyacinthe en janvier 1980.

Le bilan climatologique de l’année, lui, retient d’autres valeurs pour les cinq jours du 1er au 5 : 2 044 mm à Commerson, 1 881 mm à Bellecombe-Jacob. Sur quarante-huit heures, Bellecombe est à 1 598 mm. Ce n’est plus le record. C’est la quatrième hauteur depuis 1966, derrière Hyacinthe (1 638 mm), Firinga en janvier 1989 (1 615 mm) et Gamède en février 2007 (1 614 mm). Les deux récits ne se contredisent pas sur la nature de l’épisode. Ils se contredisent sur la place exacte dans le palmarès. Ici, on garde le bilan climatologique, et on dit que le premier chiffre a existé.

Même révisé, l’épisode reste énorme. En quatre jours climatologiques, les relevés donnent encore, entre le 2 et le 5, 1 518 mm à La Nouvelle, 1 282 mm à Aurère, 1 234 mm à Cilaos, 1 048 mm à l’îlet à Vidot, 975 mm au piton Maïdo, 945 mm à la Plaine des Cafres. Le vent n’est pas absent : 208 km/h du nord le 4 au piton Maïdo, 159 km/h le 3 à Bellecombe. Ce n’est pas un cyclone de cases arrachées sur tout le littoral. C’est un cyclone de ravines.

L’eau qui manquait, puis l’eau qui dévale

Trois saisons des pluies avaient été déficitaires. Celle de 2021-2022 finit à environ 40 % au-dessus de la moyenne, au cinquième rang des plus arrosées depuis 1972. Février, à lui seul, est à plus 60 %. Dans les Hauts du Sud-Ouest, il tombe environ trois fois la pluie habituelle. Les deux cyclones du mois, et surtout Batsirai, expliquent cette bascule. Près de trois mètres sur l’ensemble des deux épisodes au volcan, plus de deux mètres dans Mafate. Pour les retenues et les nappes, après trois années sèches, c’est une recharge. Pour les radiers, les sentiers et les îlets, c’est une coupure.

Le 5 février au soir, le même système touche la côte est de Madagascar, un peu au nord de Mananjary. Là, ce n’est plus une pluie au large. C’est un impact direct, le plus violent dans ce secteur depuis plus de vingt-cinq ans, à rapprocher d’Alibera, le 1er janvier 1990, et d’un passage déjà sévère en février 1996. Le centre de Saint-Denis, qui avait suivi Batsirai pour La Réunion, le suivait aussi pour la Grande Île. Les morts de Mananjary ne sont pas les nôtres. Ils font partie de ce que ce cyclone a été.

À La Réunion, la leçon tient en une distance. Moins de deux cents kilomètres, vingt-six heures, et les cirques se retrouvent dans la mémoire de Hyacinthe. L’alerte avait vu le centre. Elle ne pouvait pas vider les ravines.

Les cyclones Nout Dlo Salazie