MarronnageFuir l’esclavage, reconquérir la liberté, habiter les Hauts.Nout Zistoir

Nout Zistoir · Les Hauts

Marronnage

Des personnes esclavisées quittent l’habitation. Certaines reviennent, ou sont ramenées. D’autres tiennent dans les Hauts, parfois assez longtemps pour que les détachements en fassent des rapports, et pour que des noms restent dans les cirques. Le marronnage n’est pas une définition. C’est un monde de fuite, de relief et de répression, de 1663 à 1848.

Pourquoi on part

On part d’un statut. Les lettres patentes de décembre 1723, le Code noir des Mascareignes, réputent les esclaves meubles. Le même texte organise la poursuite. Après un mois de fuite compté depuis la dénonciation du maître, il prévoit des mutilations. À la troisième fois, la mort. Les maîtres peuvent faire rechercher les fugitifs. Donner asile est puni.

Ce cadre dit la violence légale de la fuite. Il ne raconte pas chaque départ. Les motifs précis, l’habitation, le jour, le compagnon, ne sont connus que lorsque un document les a gardés. Cette page ne les invente pas.

On distingue souvent le petit marronnage, une absence ou une fuite temporaire, et le grand marronnage, une rupture plus durable vers les cirques, les remparts et les ravines. Ce sont des clés de lecture. Toutes les fuites ne se rangent pas dans une case.

Le relief comme territoire

Le marronnage apparaît très tôt après l’arrivée de 1663, et il dure jusqu’à l’abolition. Il participe au peuplement des Hauts. Les groupes s’abritent dans des cavernes, des abris naturels, ou des villages de cases de feuilles et de bois.

Mafate

Un cirque, pas une commune. Il n’a pas de fiche communale. La page du nom tient autre chose : en 1834, « Mafaque » est un bras de la Rivière des Galets. Le nom de cirque de Mafate apparaît sur une carte en 1878. On ne confond pas le lieu, le nom, et le récit.

Cilaos

L’autre cirque où la mémoire place des marrons, et où les chasseurs de marrons ont laissé des récits. Sarlave et Laverdure y sont associés. Ce couple appartient à ces récits.

Salazie

Le troisième cirque. Les remparts, les ravines et les îlets font du même massif un pays difficile à tenir pour une colonne, et difficile à vivre pour ceux qui s’y cachent.

Ravines

En dessous des cirques, les ravines de l’ouest et du sud découpent l’île. On ne montre pas ici un camp.

Survivre n’est pas une légende

Tenir dans les Hauts demande de l’eau, du feu, une culture là où la terre le permet, une veille contre les détachements. Les synthèses décrivent des abris de feuilles et de bois, et l’usage des cavernes. Elles ne décrivent pas une société unique, avec un chef pour chaque cirque et une loi intérieure que l’on pourrait réciter.

Là où les archives se taisent, la mémoire a parfois nommé. Cette page sépare les deux.

Saint-Paul Cilaos

Ce que les détachements ont écrit

La répression laisse des rapports. Des noms y paraissent, sans que ces rapports deviennent des biographies. Dimitile, Sémitave, Bélé et Pâtre sont cités dans des rapports de détachements. Un document de 1751 mentionne une Raharianne liée à Mafate. Ce nom circule aussi dans la littérature et dans la mémoire. Il n’est pas la Marianne de Mwin Lé Réunion.

Le nom Dimitile est dans ces rapports. Il est aussi, aujourd’hui, un nom de lieu. Rien, dans cette page, ne transforme cette coïncidence en une scène.

Rapports

Dimitile

Nom relevé dans des rapports de détachements, et nom de lieu encore dit.

Rapports

Sémitave, Bélé, Pâtre

Trois autres noms cités dans ces mêmes rapports. Pas davantage n’est affirmé ici.

1751

Raharianne

Un document de 1751, cité dans les synthèses, la relie à Mafate. Le reste du personnage appartient aux récits.

Illustration de 1844 pour le livre Les Marrons de Louis Timagène Houat
Illustration des Marrons de Louis Timagène Houat, 1844, attribuée à Antoine Fauchery. Une image de livre, publiée du vivant de l’esclavage. Pas le procès-verbal d’une fuite. Domaine public.

Le livre n’est pas le rapport

En 1844, Louis Timagène Houat publie Les Marrons. L’illustration qui en circule montre une fuite imaginée pour le livre. Elle dit ce que l’on voulait faire voir, quatre ans avant l’abolition. Elle ne remplace pas un rapport de détachement.

Garder l’image est utile. La prendre pour une archive serait une erreur.

La mémoire, à part

D’autres figures occupent les récits, les noms de pitons, les veillées. Les synthèses consultées ne leur trouvent pas, ou pas encore, la même trace d’archive. Maffack, en 1751, est l’exception tenue sur la page du nom : un rapport n’est pas le sorcier des récits. On les dit comme mémoire. On ne les fait pas passer pour des pièces de procès.

Mémoire

Cimendef

Grande figure malgache du marronnage dans les récits, et dans les noms de lieux.

Mémoire

Mafate

En septembre 1751, François Mussard dit avoir tué, au pied du Bronchard, un homme nommé Maffack, esclave de la Compagnie, et sa compagne. Ce rapport ne dessine pas le sorcier des récits. Le détail est sur la page du nom.

Mémoire

Anchaing et Héva

Les synthèses indiquent qu’aucune trace du couple n’a été retrouvée dans les archives utilisées. Leur histoire appartient à la mémoire collective.

Mémoire

Sarlave et Laverdure

Couple associé au cirque de Cilaos et aux récits des chasseurs de marrons.

Mémoire

Simangalove

Figure féminine décrite dans les récits comme guerrière et conseillère.

L’esclavage 20 décembre 1848 Nout Zistoir