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Nout Lieux · Saint-Leu

La pointe au Sel

Un cap de basalte, un vent sec, une eau qu’il faut monter. C’est ici que La Réunion a fait son sel, d’abord dans des feuilles, puis dans des bassins.

Avant les bassins

On a d’abord appelé ce cap la pointe de Bretagne. Le sel, lui, est plus vieux que les murs blancs. Au début du XVIIIe siècle, on raconte déjà comment les habitants déposent l’eau de mer dans de grandes feuilles de palmier, ou la laissent dans les creux de la roche. Le soleil et la brise font le reste. Le sel sert à garder la viande et le poisson. Quand les navires ne viennent plus, il devient vital.

Le cap est à Saint-Leu, sous la colline de Stella Matutina. Étienne Dussac, lié à l’usine et au terrain, décide d’en faire une saline. Les bassins sont au-dessus de la mer : il faut pomper. L’eau entre dans le bassin le plus haut, descend de table en table, et cristallise en bas.

La guerre, puis le sel trop cher

C’est pendant le blocus que la production compte vraiment. À partir de 1944, les comptes de la récolte ne se recoupent pas : 120 tonnes par an, ou 250. Dans les deux cas, ce n’est plus une cueillette dans les rochers.

Après la guerre, le sel de Madagascar et de Maurice revient, moins cher. La saline réunionnaise recule. Le site est aujourd’hui le seul endroit de l’île où l’on fabrique encore du sel. Le Conservatoire du littoral en est propriétaire. Un musée occupe l’ancien magasin où l’on faisait sécher la récolte. Les bassins, eux, restent une géométrie blanche sur la lave noire.

Saint-Leu Stella Le blocus Les usines

Un cap d’abord nommé Bretagne

Avant d’être la pointe au Sel, le cap s’est appelé pointe de Bretagne. Le nom change. Le lieu, lui, reste le même : un avancé de lave à Saint-Leu, où l’eau de mer entre dans des casiers, et où le soleil fait le reste. Le sel n’est pas un produit que l’on invente. C’est un travail de saison, de vent, de patience.

Au début du XVIIIe siècle, déjà, on dépose l’eau dans de grandes feuilles, ou on la laisse dans les creux. Le geste précède les murs blancs. Quand les navires ne viennent plus, le sel de l’île devient vital : il garde la viande et le poisson. Le blocus du XXe siècle n’invente pas ce besoin. Il le rend visible à une autre échelle.

Les salines de la pointe au Sel, à Saint-Leu.
Les casiers de la pointe au Sel. L’eau entre, le soleil travaille. Photographie de Olaf2, CC BY-SA 4.0. Fichier d’origine.
La lave de la pointe au Sel.
Le cap de basalte. Avant les murs blancs, la roche. Photographie de Olaf2, CC BY-SA 4.0. Fichier d’origine.

Étienne Dussac, lié à l’usine et au terrain, décide d’en faire une saline. Les bassins sont au-dessus de la mer : il faut pomper. L’eau entre dans le bassin le plus haut, descend de table en table, et cristallise en bas. Ce n’est plus une cueillette dans les rochers. C’est un métier. Les chiffres de 1944 se disputent : cent vingt tonnes ici, deux cent cinquante là. Un chiffre d’archive n’est pas un chiffre de caisse.

Quand le sel d’ailleurs revient

Après la guerre, le sel de Madagascar et de Maurice revient, moins cher. La saline réunionnaise recule. Elle ne disparaît pas. Le site est aujourd’hui le seul endroit de l’île où l’on fabrique encore du sel. Le Conservatoire du littoral en est propriétaire. Un musée occupe l’ancien magasin où l’on faisait sécher la récolte. Les bassins restent une géométrie blanche sur la lave noire.

La pointe au Sel, à Saint-Leu.
La pointe au Sel. Un métier de sel, un cap sous le vent. Photographie de B.navez, CC BY-SA 3.0. Fichier d’origine.
La pointe au Sel.
Le cap. On y fait encore du sel, et l’on y comprend comment on l’a fait. Photographie de Elodie Milleret, CC BY-SA 4.0. Fichier d’origine.

Le lieu témoigne d’un changement d’usage : on y fait encore du sel, et l’on y comprend comment on l’a fait. Le geste n’est plus le métier de toute une côte. Il est un savoir montré, gardé, photographié. Nout savoir-faire tient d’autres mains. Ici, la main est celle du sel.

Saint-Leu, sous le vent, a tenu plusieurs métiers de la côte : le sel ici, la canne à Stella, le trou du Souffleur. L’alizé a déjà lâché son eau à l’est. Le soleil reste. C’est assez pour cristalliser. Nout Zil dit ce partage du vent. Le sel a donné son second nom au cap.

On vient aujourd’hui pour les bassins, pour le musée, pour le rivage. On ne vient plus parce que l’île manque de sel. Cette différence n’efface pas le geste. Elle le change de place : du nécessaire au patrimonial. Les casiers, eux, continuent de recevoir l’eau. Le soleil, lui, n’a pas changé de métier.

Le blocus a rendu le sel visible. Avant, on le faisait déjà, dans les feuilles et dans les creux. Après, on l’a fait trop cher face aux sacs d’ailleurs. Entre les deux, il y a eu les bassins, la pompe, les tonnes que les comptes ne recoupent pas. Le geste du saunier relie ces différentes périodes.

La colline de Stella, au-dessus, rappelle que le sel et le sucre ont partagé la même côte. L’un se cristallise. L’autre se broie. Les deux ont nourri Saint-Leu. L’un a un musée d’usine. L’autre a un musée de magasin. Les deux se visitent. Aucun des deux n’efface le métier qui les a précédés.

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