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Nout Usines · Piton Saint-Leu

Stella Matutina

Le 18 avril 1978, on dit aux ouvriers que la campagne n’aura pas lieu. L’usine s’arrête. Le bâtiment, lui, est resté.

La fermeture annoncée un matin

Stella est une usine sucrière de Piton, à Saint-Leu. Depuis 1969, les petites sucreries ferment les unes après les autres. Le 18 avril 1978, Émile Hugot, à la tête des Sucreries de Bourbon, annonce aux 129 salariés — dont 97 permanents — que Stella s’arrête tout de suite. On avait pensé tenir jusqu’au 31 décembre. Les machines ne tourneront pas pour la campagne prévue trois mois plus tard.

Une usine qui ferme, ce n’est pas seulement un bilan. Ce sont des gens qui ne reprennent pas le chemin le lundi, et une canne de l’Ouest qui doit trouver une autre porte.

Ce que l’on a gardé debout

La Région achète l’usine en 1986. Le musée est inauguré le 26 juillet 1991. Il reçoit l’appellation Musée de France. Plus de 1 500 objets y racontent la canne : outils des champs, machines, contrôle du sucre, rhum, emballages. Les premières collections sont réunies en 1989. Les machines de l’usine sont restées à leur place. Elles ne sont pas des maquettes. Elles sont l’usine.

Une réhabilitation est engagée au début des années 2010 : 2010 dans un récit, 2011 dans celui des musées régionaux. Le parcours rouvre en 2015. L’adresse reste 6, allée des Flamboyants, à Piton Saint-Leu.

Le musée porte aussi l’histoire plus longue de la canne dans l’île, celle qui passe par l’esclavage puis par l’engagisme. Stella, en 1978, est une usine de salariés. Elle n’est pas le XVIIIe siècle. Elle en garde la culture, et le paysage.

Nout Usines Le Gol Bois-Rouge Saint-Leu

Une usine de l’Ouest, pas une maquette

Stella Matutina est une usine sucrière de Piton, à Saint-Leu. Depuis 1969, les petites sucreries ferment les unes après les autres. Le 18 avril 1978 n’est pas un incident isolé. C’est un matin dans une série. Émile Hugot, à la tête des Sucreries de Bourbon, annonce aux 129 salariés — dont 97 permanents — que Stella s’arrête tout de suite. On avait pensé tenir jusqu’au 31 décembre. Les machines ne tourneront pas pour la campagne prévue trois mois plus tard.

Une usine qui ferme, ce n’est pas seulement un bilan. Ce sont des gens qui ne reprennent pas le chemin le lundi, et une canne de l’Ouest qui doit trouver une autre porte. Le suc de cette côte n’a pas disparu. Il a changé de chemin. Le Gol, plus au sud, broie encore. Bois-Rouge, dans l’Est, aussi. Stella, elle, est devenue le lieu où l’on comprend ce que ces usines ne disent plus en marchant.

L’ancienne usine Stella Matutina, à Saint-Leu.
Stella Matutina. L’usine est devenue musée. Les machines sont restées. Photographie de Olaf2, CC BY-SA 3.0. Fichier d’origine.
Les bâtiments de Stella Matutina.
Les bâtiments. La canne n’y entre plus. Photographie de Olaf2, CC BY-SA 3.0. Fichier d’origine.

Garder les machines à leur place

La Région achète l’usine en 1986. Les premières collections sont réunies en 1989. Le musée ouvre le 26 juillet 1991. Il reçoit l’appellation Musée de France. Plus de 1 500 objets y racontent la canne : outils des champs, machines, contrôle du sucre, rhum, emballages. Les machines de l’usine sont restées à leur place. Elles ne sont pas des maquettes. Elles sont l’usine.

Intérieur de Stella Matutina.
L’intérieur. Un musée d’usine, pas une usine. Photographie de Olaf2, CC BY-SA 3.0. Fichier d’origine.
Les machines de Stella Matutina.
Les machines. On les lit. On ne les relance pas. Photographie de Olaf2, CC BY-SA 3.0. Fichier d’origine.

Une réhabilitation est engagée au début des années 2010 : 2010 dans un récit, 2011 dans celui des musées régionaux. Le parcours rouvre en 2015. L’adresse reste 6, allée des Flamboyants, à Piton Saint-Leu. Le bâtiment conservé permet de suivre le passage de la production sucrière à la transmission de son histoire.

Le musée porte aussi l’histoire plus longue de la canne, celle qui passe par l’esclavage puis par l’engagisme. Stella, en 1978, est une usine de salariés. Elle n’est pas le XVIIIe siècle. Elle en garde la culture, et le paysage. Les champs autour, la colline, la pointe au Sel plus bas : la côte de Saint-Leu a tenu plusieurs métiers. L’un d’eux s’est arrêté un matin d’avril.

Nout Usines réunit les portes encore ouvertes et celle-ci, qui s’est ouverte autrement. La fermeture, les machines conservées et le musée appartiennent à une même histoire du travail.

Ceux qui y travaillent aujourd’hui ne broient plus la canne. Ils la racontent. Ce n’est pas le même métier. C’est le même bâtiment. Entre les deux, il y a eu des années où l’usine était seulement arrêtée, avant d’être achetée, puis habitée par des collections. Cette durée compte. Une fermeture n’est pas encore un musée. Un musée n’efface pas la fermeture.

Les 97 permanents et les autres salariés de 1978 n’ont pas tous laissé leur nom sur une plaque. Le souvenir de cette annonce appartient aussi à la mémoire des salariés. Autour, la canne de l’Ouest a dû changer de porte. Le Gol et Bois-Rouge ont continué. Stella, elle, a changé de phrase : de broyer à montrer.

Les machines à leur place empêchent le mensonge du décor. On n’a pas reconstruit une usine pour le visiteur. On a gardé celle qui s’était tue. C’est une autre manière de respecter le 18 avril : ne pas faire comme si rien n’avait existé, et ne pas faire comme si tout continuait.

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