Bois-RougeSaint-André. Une sucrerie de 1817 qui broie encore.Nout Usines

Nout Usines · Saint-André

Sucrerie de Bois-Rouge

En 1817, François-Xavier Bellier-Montrose fait une sucrerie dans la plaine de Bois-Rouge. L’usine broie encore. Elle n’est plus l’habitation de 1817.

Un alambic, puis le sucre

Le 19 juin 1810, il achète une première parcelle, puis d’autres, jusqu’à plus de cent hectares. En janvier 1816, un acte mentionne un alambic à Bois-Rouge, pour l’alcool de canne. Un récit plus lâche parle de rhum dès 1805. La sucrerie, elle, est de 1817. Le recensement de 1818 la voit produire du sucre. Parmi 121 esclaves, Jacquemin, créole de 36 ans, est nommé sucrier. C’est alors le premier de la liste à porter ce métier.

Au début des années 1820, le moulin passe à la vapeur, sur une machine anglaise. Bois-Rouge est la troisième sucrerie de l’île à en avoir une, après celles des frères Charles et Joseph Panon-Desbassayns. Le gouverneur Milius, en poste de 1818 à 1821, remarque l’ordre du lieu et cette pompe à feu : elle économise des bras, et elle brûle beaucoup.

La dette, la vente, les noms

En 1831, Bellier doit plus de 1 700 000 francs à quinze créanciers. Le domaine compte 307 esclaves. Il garde la maison et quatorze domestiques, et laisse pour un temps la sucrerie. Le 5 février 1832, Bois-Rouge est vendu aux enchères. Alexandre Protet, son gendre, le rachète.

Les recensements donnent des prénoms, pas une légende. En 1842, Corneille et Adrien, créoles, sont commandeurs et chefs sucriers. Bruneau, créole, est mécanicien, chef du moulin. Vulcain est le second chef sucrier. Le 30 septembre 1848, trois mois avant l’abolition, Protet cède le domaine à une société de la famille, avec 205 esclaves. L’esclavage s’arrête. La canne, elle, continue, avec l’engagisme.

Adrien Bellier-Montrose reprend les parts le 16 mars 1853. En 1912, les descendants fondent la société Adrien Bellier, pour ne pas morceler l’héritage. Entre ces deux dates, Bois-Rouge devient le centre d’un ensemble de domaines sucriers sur la côte est, de Sainte-Marie à Saint-Benoît.

Ce qui tourne aujourd’hui

L’usine est toujours à Saint-André. La société qui l’exploite date de 1992 une centrale qui brûle la bagasse de la canne et du charbon, et la présente comme la première de ce type. On retient la date et le combustible. On ne transforme pas l’annonce en palmarès.

La distillerie Savanna n’est pas née ici. Sur le domaine de Savanna, à Saint-Paul, une distillerie de ce nom est signalée en 1870. Elle est déplacée en 1992 à côté de Bois-Rouge. Le rhum de l’Ouest et le sucre de l’Est se touchent maintenant. Ils n’ont pas la même origine.

L’autre usine encore ouverte est le Gol. Celle qui s’est arrêtée en 1978 et qui se visite est Stella. Les trois se lisent ensemble dans Nout Usines.