Usine du GolSaint-Louis. Celle qui tourne n'est pas celle des Hauts.Nout Usines

Nout Usines · Saint-Louis

Usine du Gol

Au Gol, deux usines ne doivent pas être confondues. L’une broie encore la canne. L’autre s’est tue vers 1880, dans les Hauts.

L’habitation avant la cheminée

De 1719 à 1784, le Gol appartient à la famille Desforges-Boucher. À la fin du XVIIIe siècle, il passe à des négociants de Saint-Denis, Antoine François Pascalis et Jean-Baptiste de Lestrac. En 1801, le domaine est partagé. Antoine et Philippe Couve reçoivent la part de l’est. C’est là qu’ils bâtissent une sucrerie en 1817.

En 1824, Placide François Fortuné Chabrier achète l’usine et la transforme dans les années 1840. Vers 1870-1871, elle est de nouveau reprise, au moment où le sucre de la colonie est à son plus haut. La canne de ces années-là est encore celle de l’esclavage, puis celle de l’engagisme. L’usine d’aujourd’hui emploie des salariés. Elle hérite du même sol.

Celle qui tourne encore

La sucrerie du Gol, à Saint-Louis, est l’une des deux qui broient encore. L’autre est Bois-Rouge, dans l’Est. La société qui l’exploite dit recevoir les cannes de neuf centres. La commune la dit la plus productive des deux.

Le sucre quitte le Sud comme il quittait autrefois les habitations : vers un port, vers un bateau. Le Ti train a été fait, entre autres, pour cette canne.

Gol les Hauts n’est pas cette usine

Vers 1830, Joseph Lambert fait construire une autre sucrerie à Gol les Hauts. Il s’entend avec les voisins pour qu’ils plantent la canne qu’il broiera. L’usine, tenue par les familles Lambert puis Laisné, s’arrête vers 1880, après le rachat par Adolphe Deshayes.

Une cheminée y est protégée le 10 juin 2002. Le 16 janvier 2023, l’ensemble du site est inscrit, et cette inscription remplace la précédente. Les cheminées que l’on voit dans les Hauts ne sont pas celles de l’usine qui tourne en bas.

Les deux portes encore ouvertes, et celle qui est devenue un musée, sont réunies dans Nout Usines.

Le sol avant les machines

Le Gol commence plus tôt que les broyeurs que l’on photographie aujourd’hui. De 1719 à 1784, le domaine appartient à la famille Desforges-Boucher. À la fin du XVIIIe siècle, il passe à des négociants de Saint-Denis, Antoine François Pascalis et Jean-Baptiste de Lestrac. En 1801, le domaine est partagé. Antoine et Philippe Couve reçoivent la part de l’est. C’est là qu’ils bâtissent une sucrerie en 1817.

En 1824, Placide François Fortuné Chabrier achète l’usine et la transforme dans les années 1840. Vers 1870-1871, elle est de nouveau reprise, au moment où le sucre de la colonie est à son plus haut. La canne de ces années-là est encore celle de l’esclavage, puis celle de l’engagisme. L’usine d’aujourd’hui emploie des salariés. Elle hérite du même sol. Cette continuité n’est pas une excuse. C’est une mémoire.

L’usine du Gol, à Saint-Louis.
L’usine du Gol. Elle broie encore, à la différence de Stella. Photographie de B.navez, CC BY-SA 3.0. Fichier d’origine.
Les bâtiments de l’usine du Gol.
Les bâtiments. Le suc de l’ouest passe encore ici. Photographie de B.navez, CC BY-SA 3.0. Fichier d’origine.

Celle qui tourne, celle qui s’est tue

La sucrerie du Gol, à Saint-Louis, est l’une des deux qui broient encore. L’autre est Bois-Rouge, dans l’Est. La société qui l’exploite dit recevoir les cannes de neuf centres. La commune la dit la plus productive des deux. Cette page ne le reprend pas comme un fait.

Le sucre quitte le Sud comme il quittait autrefois les habitations : vers un port, vers un bateau. Le Ti train a été fait, entre autres, pour cette canne. Stella, à Saint-Leu, est le musée. Le Gol est le milieu : il tourne, et l’on a déjà commencé à regarder d’autres cheminées, plus haut, comme un patrimoine.

L’usine du Gol vue plus large.
Le Gol, à Saint-Louis. Celle qui tourne n’est pas celle des Hauts. Photographie de Arpitan, CC BY-SA 4.0. Fichier d’origine.
Vue ancienne du Gol, gravure de Roussin.
Le Gol, tel que Roussin l’a gravé en 1847. L’habitation précède l’usine que l’on photographie aujourd’hui. Antoine Louis Roussin. Domaine public. Fichier d’origine.

Vers 1830, Joseph Lambert fait construire une autre sucrerie à Gol les Hauts. Il s’entend avec les voisins pour qu’ils plantent la canne qu’il broiera. L’usine, tenue par les familles Lambert puis Laisné, s’arrête vers 1880, après le rachat par Adolphe Deshayes. Une cheminée y est protégée le 10 juin 2002. Le 16 janvier 2023, l’ensemble du site est inscrit, et cette inscription remplace la précédente. Les cheminées que l’on voit dans les Hauts ne sont pas celles de l’usine qui tourne en bas. Confondre les deux Gol, c’est déjà une erreur de carte.

Nout Usines réunit les deux portes encore ouvertes, et celle qui est devenue un musée. Un même nom relie l’habitation, la sucrerie des Bas et les vestiges des Hauts, dont les histoires restent distinctes.

On sent encore, certains jours, ce qu’une campagne de canne veut dire pour un quartier : camions, odeur, horaires. Ce n’est pas un décor. C’est un métier qui n’a pas quitté Saint-Louis. Les habitations du XVIIIe siècle n’ont plus les mêmes murs. Le sol, lui, continue de donner la canne. Entre les deux, il y a eu l’esclavage, l’engagisme, le salariat, les fermetures d’ailleurs, et cette usine qui n’a pas fermé.

Desforges-Boucher, Pascalis, Lestrac, Couve, Chabrier : les noms se suivent comme les parts d’un domaine. Leur succession rappelle que le Gol a été une terre avant d’être une machine, et qu’une terre de canne, ici, n’est jamais seulement une terre. Elle a porté des corps que l’on n’a pas tous nommés.

Gol les Hauts, arrêté vers 1880, a ses cheminées protégées. Le Gol d’en bas a ses camions. Les deux se voient depuis des routes différentes. Les confondre, c’est déjà trop vite. Les tenir ensemble, c’est juste : un même nom, deux destins, une commune.

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