Nout Zistoir · 28 février 2025
Garance
Le vendredi 28 février 2025, un cyclone tropical intense traverse La Réunion. Avant les rafales, l’île a déjà changé de couleur d’alerte plusieurs fois. Au plus fort, plus personne n’est censé sortir, pas même les secours.
Quatre jours de compte à rebours
La menace est identifiée tôt. Le lundi 24 février, le département est placé en pré-alerte, alors que les trajectoires et le cône montrent déjà un risque pour les terres. Le mercredi 26, à 14 heures, l’alerte orange est déclenchée. Le rouge vient ensuite, avant le violet du vendredi. Les récits ne placent pas cette heure au même jour : on ne choisit pas une heure pour remplir le trou.
Le vendredi, à 9 heures, heure de La Réunion, le préfet déclenche l’alerte violette. Le système est encore un cyclone tropical intense. Un impact du cœur est attendu dans la matinée sur un large secteur nord. À l’est d’une ligne allant de Saint-Denis à Saint-Leu, on annonce des rafales au-delà de 200 km/h. Ailleurs, plus de 150, avec des sautes rapides de direction.
Le violet, dans le plan, veut dire ceci : confinement de toute la population, y compris les secours, la sécurité et les agents de la crise, qui en alerte rouge ont encore le droit de se déplacer. Pendant ces heures, il n’y a plus de secours immédiat. L’œil lui-même est un piège : le calme du centre ne veut pas dire que c’est fini. Il ne faut pas sortir parce que le vent est tombé. L’alerte violette est levée dans la matinée, vers midi heure locale, et l’île repasse au rouge. Les vents les plus destructeurs s’éloignent. De fortes pluies persistent, et des vents violents restent signalés entre Saint-Leu et Saint-Joseph.
234 kilomètres à l’heure, à Sainte-Rose
Au petit matin du 28, Garance entre dans un affaiblissement rapide pendant l’approche finale. L’affaiblissement n’empêche pas le mur. Les rafales dépassent 150 km/h sur une large partie de l’île. Sur le littoral, au passage du mur, plusieurs stations passent 200.
234 km/h au Gros Piton Sainte-Rose. Pour cette station, la valeur n’avait pas été atteinte depuis Hollanda, en février 1994, et elle n’y avait jamais été dépassée. 213 km/h à l’aéroport de Gillot. 199 km/h à Saint-Benoît, la plus forte relevée là dans les séries citées pour l’épisode. Un autre décompte a donné 203 km/h à Gillot : on garde 213, celui du service météorologique. L’est a donc pris des vents que l’annonce, avant l’impact, plaçait surtout à l’est de l’axe Saint-Denis–Saint-Leu. La trajectoire réelle et la prévision de la veille ne se superposent pas au mètre près. Les deux sont vraies à leur heure.
Dans l’intérieur, des cumuls dépassent 400 mm en vingt-quatre heures. Le vent a fait les titres. L’eau a fait les inondations du nord.
Après le violet
Les autorités ont annoncé plusieurs morts dans les jours qui ont suivi. Un décompte repris de la préfecture est monté à cinq morts, et au moins cinq blessés. Ce n’est pas, ici, un bilan climatologique clos : c’est le chiffre dit publiquement dans la semaine. On ne lui ajoute pas de noms que l’on n’a pas.
Le samedi 1er mars, environ 140 000 foyers sont encore sans électricité. Des renforts de ligne arrivent d’ailleurs dans la République. Le 3 mars, environ 65 000 personnes, soit 8 % de la population, sont encore en coupure totale d’eau, et environ 309 000, soit 36 %, subissent des coupures ou des perturbations. L’aéroport de Gillot rouvre le 1er mars à 19 heures. La reprise du Grand Port est alors envisagée vers le 4. Reconstruire, pour Garance, commence par le courant, l’eau et la route, pas par un discours.
Un an après Belal, l’île a vu un œil, puis un violet. Le téléphone a suivi le cône presque en continu. Le Gros Piton, lui, a mesuré un vent que Hollanda avait laissé comme plafond. La prévision a permis de rentrer les secours avant les 200 km/h. Elle n’a pas empêché les cinq morts annoncés, ni la soif du lundi.
