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Nout Zistoir · 15 janvier 2024

Belal

L’œil revient sur l’île. Cela n’était pas arrivé depuis Colina, le 19 janvier 1993. Trente et un ans plus tard, le 15 janvier, Belal touche la côte est vers treize heures, puis file vers le sud-est à 17 km/h.

Le mur, de Saint-Denis à Saint-Philippe

Ce n’est pas seulement un passage au large qui arrose les Hauts, comme Batsirai. La moitié nord-est est prise dans le mur de l’œil, de Saint-Denis à Saint-Philippe en passant par Saint-André. Les rafales dépassent 150 km/h sur la plupart des points de mesure de ce couloir.

Les maxima publiés pour les stations sont précis, et ils sont moins hauts que ce que beaucoup ont entendu dire ce jour-là. 173 km/h au Gros Piton Sainte-Rose. 171 km/h à la Plaine des Cafres. 169 km/h à Gillot. 153 km/h à Bellevue Bras-Panon. 125 km/h à la pointe des Trois-Bassins. Des récits ont parlé de 200 km/h, parfois de 250. Ces chiffres ne sont pas ceux des stations. Pour le vent mesuré, Belal est l’épisode le plus significatif depuis Dina, en janvier 2002. Il n’est pas, sur ces anémomètres, un cyclone de l’ordre de Jenny.

Le vent a duré. Au Port, des rafales au-dessus de 100 km/h pendant dix-huit heures : dix heures de nord-est, une relative accalmie de trois heures, puis huit heures de sud-ouest, donc dans l’autre sens. À Gillot, dix heures, dont une heure d’accalmie relative autour de 90 km/h entre l’est et l’ouest-nord-ouest. À la Plaine des Palmistes, treize heures. À Pierrefonds, neuf heures. L’œil, ou son bord, ne fait pas que passer. Il retourne la direction du vent, et les toitures prennent les deux côtés.

La mer sur le littoral du nord

La houle a donné son maximum dans la seconde partie de la nuit du 14 au 15, puis le lundi matin, du littoral de Sainte-Suzanne jusqu’à Saint-Gilles, avec une houle de nord à l’approche. Au large de Sainte-Marie, vers dix heures et demie, au moment du mur de l’œil, le houlographe a relevé une hauteur significative de 7,3 mètres et une hauteur maximale de 11,6 mètres. Les Bas du nord, du nord-est et du nord-ouest ont pris cette mer en même temps que le vent.

Les pluies ont accompagné le système dans les Hauts et dans les bandes périphériques, encore dans la nuit suivante, pendant que les rafales redescendaient entre 100 et 130 km/h et que la houle s’amortissait vers 2 à 3 mètres. Les cumuls détaillés ont été publiés station par station. On ne les aligne pas ici en palmarès : le fait établi, pour la mémoire de l’île, est que Belal a frappé par les trois côtés à la fois, vent, pluie et mer, sur une côte déjà urbanisée.

Quatre morts, et un coût qui n’est pas le bilan humain

Le bilan annoncé par la police et la préfecture monte à quatre morts. Trois sont des personnes sans domicile, qui n’étaient pas confinées. La quatrième est un homme d’une cinquantaine d’années, mort le mardi soir chez lui, à Saint-André, intoxiqué au monoxyde de carbone par un groupe électrogène lancé à cause des coupures. L’alerte avait dit de rester dedans. Elle n’avait pas de toit à offrir aux trois premiers. Elle n’avait pas empêché le quatrième de respirer le gaz de sa machine dans une maison fermée.

Les assureurs ont compté, à la fin du mois, environ 100 millions d’euros de dégâts : 82 pour les particuliers, 14 pour les professionnels, 4 pour les véhicules, et 42 100 sinistres. Dans leur série, Belal vient après Dina, estimé à 169 millions. Ce classement dit le prix des toitures et des voitures. Il ne dit pas les quatre noms. Les dégâts, moindres que ce que l’approche avait fait craindre, se sont concentrés au nord et à l’est. L’état de catastrophe naturelle a été annoncé dans les jours suivants.

Belal laisse une phrase simple, que Garance redira un an plus tard avec des vents plus hauts : suivre l’œil heure par heure ne vide pas une ravine et ne loge pas celui qui dort dehors. La prévision a tenu. La vulnérabilité aussi.

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