Nout Zistoir
Maladies et épidémies
Une fièvre n’arrive pas seule. Elle suit un navire, une saison, un logement, une eau. Ce chapitre les range dans le temps. Les dossiers déjà écrits restent les leurs.
Ce qui revient, avant d’avoir un nom moderne
La variole traverse les siècles. Une maison du XVIIIe siècle et une maison de la fin du XIXe ont pu fermer leurs portes pour la même peur. Le vaccin existe longtemps avant que l’habitude de s’y rendre existe. On y va quand un cas est déjà annoncé.
Le choléra de 1859 est le coup le plus lourd du siècle, pas le premier contact de l’île avec la maladie. Il arrive par la mer, avec des engagés, et il descend vers les propriétés. La quarantaine a son lieu, plus tard, au lazaret de la Grande Chaloupe. Les hôpitaux racontent l’autre versant : qui soigne, et où.
1868 n’ouvre pas l’histoire
1868 n’est pas la première grande épidémie de l’île. Le choléra a déjà frappé. Cette année-là, une fièvre nouvelle s’installe, reconnue ensuite comme le paludisme. Elle ne se ferme pas en une saison. Elle devient le fond des côtes.
Le dossier du paludisme tient les hypothèses d’arrivée, les campagnes, les derniers cas nés dans l’île en 1967, et l’inscription du 20 mars 1979. Le moustique capable de porter le parasite n’a pas disparu avec cette date. Des cas continuent d’arriver d’ailleurs. Ce n’est plus la même histoire.
1919 n’est pas le chiffre de 266 000
La grippe de 1919 frappe une île déjà usée par la guerre, la vie chère et les autres fièvres. Ses morts se comptent dans ce dossier-là. Les 266 000 malades dont on parle parfois sans préciser la maladie ne sont pas les siens. Ils appartiennent au chikungunya, presque un siècle plus tard.
L’été où le chikungunya prend le tiers de l’île
En mars 2005, les premiers cas de chikungunya sont repérés. L’épidémie s’allume vraiment l’été austral suivant. La semaine la plus lourde, au début de février 2006, est comptée à 45 000 cas dans un bilan, à plus de 47 000 dans un autre. La surveillance, menée alors par l’institut de veille sanitaire, retient 266 000 personnes ayant présenté des symptômes, pour une population d’environ 785 000 habitants. C’est près de 34 %, environ un tiers. Ce n’est pas un bilan national rapporté par erreur à l’île.
Une enquête de sang faite après la vague mesure autre chose : des anticorps, pas seulement les gens qui se sont déclarés malades. Elle trouve 38 % de la population, soit environ 300 000 personnes qui ont rencontré le virus. Les deux chiffres tiennent ensemble. Ils ne disent pas le même geste.
La surveillance compte aussi près de 250 formes graves, 44 transmissions de la mère à l’enfant, et plus de 250 décès. Un autre décompte parle de 47 transmissions de la mère au fœtus, dont 40 confirmées. Au début de 2006, l’étude de la mortalité de l’île estime un excès de 267 décès pour l’ensemble du territoire. L’excès et la liste des morts attribués ne se confondent pas.
La douleur est restée dans les maisons bien après la fièvre. Des articulations ne reviennent pas tout de suite. Des enfants ont été touchés avant la naissance. Dengue, leptospirose et cas importés continuent d’être surveillés. Une date de fin dans un bulletin ne ferme pas ces questions.
