Nout Premiers HabitantsLa naissance du peuple réunionnais.Nout Zistoir

Nout Zistoir

Nout Premiers Habitants

La naissance du peuple réunionnais. Des séjours temporaires de Fort-Dauphin jusqu’aux familles d’aujourd’hui, sans confondre une arrivée et le nombre d’habitants de l’île.

Avant le peuplement qui dure

Une île connue, encore sans société permanente

Quand les Européens la placent sur leurs cartes, l’île n’a pas de population autochtone établie. Les navigateurs arabo-musulmans l’ont peut-être aperçue ; il n’existe pas de preuve décisive. La geste portugaise, au début du XVIe siècle, entre 1500 et 1518, fait entrer l’archipel des Mascareignes dans l’histoire écrite, à une date que l’on ne fixe pas ici.

En 1642, Mascareigne est prise au nom du roi. Le rivage de l’Ouest — le Tour des Roches, demain Saint-Paul — devient le théâtre des premiers séjours documentés. Ces séjours ne fondent pas encore un peuple. Ils montrent qu’on peut vivre un temps sur l’île, puis la quitter.

La terre elle-même, volcan, rivières, cirques, se lit dans Nout Zil. Cette page raconte les personnes.

Carte ancienne de l’île de Bourbon, 1661.
Bourbon en 1661. Un document authentique de l’île, pas un portrait des arrivants. Carte publiée dans l’Histoire de la Grande Isle Madagascar associée à Étienne de Flacourt, 1661. Bibliothèque nationale de France. Domaine public.

Grande frise

Des mutins de Fort-Dauphin à la société d’aujourd’hui

Chaque date ci-dessous est un palier. Un effectif d’arrivée n’est pas un recensement. Quand deux lectures se tiennent, elles restent côte à côte.

1646

Douze mutins de Fort-Dauphin

Douze exilés, envoyés depuis Fort-Dauphin à Madagascar, s’installent au Tour des Roches. Ils donnent au lieu le nom de Saint-Paul. C’est un séjour, pas une colonie durable.

1649

Le rappel, le nom de Bourbon

Ils sont rappelés. L’île reçoit le nom de Bourbon. Le rivage redevient presque vide.

1654–1658

Un second séjour, puis le départ

Une nouvelle installation temporaire réunit des Français et des Malgaches. On y cultive, dont le tabac. Les comptes varient : un récit parle de quatorze personnes ; un autre, de sept Français et six serviteurs. Le chef du groupe est nommé Antoine Couillard dans une lecture, Antoine Thoreau dans une autre. On ne choisit pas. En 1658, ce groupe part.

1663

Le peuplement qui dure

Louis Payen, un autre Français dont l’identité reste discutée, et dix Malgaches — dont trois adolescentes — s’installent au Tour des Roches. Parmi ces Malgaches, les noms de Jean Mousse et de Marie Caze sont retenus par les généalogies recoupées. C’est l’origine du peuplement durable. Douze personnes : deux Français, dix Malgaches. Ce n’est pas encore la population d’une commune.

1665

Étienne Regnault et la colonisation organisée

Le 9 juillet 1665, le navire Le Taureau débarque à Saint-Paul une vingtaine de colons de la Compagnie des Indes orientales, sous le commandement d’Étienne Regnault. René Hoarau est de ce jour-là. Après des disputes, une partie du groupe de 1663 s’enfuit dans les Hauts, puis revient auprès des colons du Tour des Roches. Les deux arrivées finissent au même rivage.

1668

Les premiers enfants nés sur l’île

Anne Mousse naît à Bourbon en avril 1668, dans la région de Saint-Paul, fille de Jean Mousse et de Marie Caze. Le 10 et le 14 avril sont tous deux mentionnés : le jour n’est pas fixé. Elle appartient aux premières générations nées sur l’île.

Fin XVIIe

Une société créole qui se forme

Familles, baptêmes, alliances. Les femmes et les enfants tiennent déjà le peuplement, plus que les seuls débarquements d’hommes. En 1694, en l’absence de gouverneur, les habitants désignent six d’entre eux : le Conseil des Anciens administre jusqu’en 1696.

XVIIIe

Plantations, traite, esclavage

Le café, puis la canne, transforment Bourbon. La population croît surtout par la traite et le travail forcé. Les personnes réduites en esclavage, venues de Madagascar, d’Afrique orientale et des îles voisines, sont au cœur de la formation humaine de l’île. Cette histoire a sa page : Esclavage à Bourbon. La fuite vers les Hauts a la sienne : marronnage.

1848

L’abolition

Le décret du 27 avril 1848 abolit l’esclavage dans les colonies françaises. À La Réunion, il est mis en application le 20 décembre 1848. Le récit est dans 20 Désanm. Les noms donnés aux personnes affranchies sont dans Nout Famille.

Après 1848

L’engagisme et d’autres migrations

Le recrutement de travailleurs sous contrat prend une place croissante dans l’économie de plantation. Des engagés arrivent notamment d’Inde, de Madagascar, d’Afrique. Des familles chinoises et des familles musulmanes de l’ouest de l’Inde s’installent aussi, souvent par le commerce. Le détail de l’engagisme, y compris le lazaret de la Grande Chaloupe à La Possession, est dans la fiche de l’engagisme. Les héritages se lisent dans Nout Rasinn.

1946

La départementalisation

La loi du 19 mars 1946 change le statut politique de l’île. Elle n’efface pas l’histoire sociale. Les reconstructions se poursuivent dans Nout Mémoire.

2023

L’île d’aujourd’hui

Au 1er janvier 2023, l’Insee compte 889 679 habitants à La Réunion. Ce chiffre n’est pas la somme des débarquements de 1646 ou de 1665. C’est le recensement d’une société née de tous les paliers précédents.

Histoire humaine

Qui étaient-ils, où vivaient-ils

Les premiers habitants connus du peuplement durable ne sont pas un tableau d’explorateurs. Ce sont des hommes et des femmes venus de France et de Madagascar, installés au bord de l’Étang, au Tour des Roches. Ils vivent de cultures, de pêche, de peu. Les documents ne détaillent pas encore tous les rapports de pouvoir entre eux. On ne leur invente pas de paroles.

Les femmes tiennent la suite. Marie Caze, arrivée de Madagascar, est la mère d’Anne Mousse. Anne épouse Noël Tessier en 1687. Leur vie se poursuit à Sainte-Marie. Elle meurt en 1733. Les sources communément retenues attribuent huit enfants au couple, dont six filles. L’expression « grand-mère des Réunionnais » appartient à la mémoire collective : elle dit une descendance nombreuse, elle ne dit pas que tout le peuple descend d’elle.

Côté français, René Hoarau, débarqué le 9 juillet 1665, est dit né vers 1640 à Menneville, près de Boulogne-sur-Mer. En 1669 il épouse Marie Baudry. Il meurt à Saint-Paul le 7 juillet 1706. Un nom, un mariage, une mort : ce n’est pas toute une lignée racontée.

Plus tard, d’autres destinées documentées habitent déjà l’encyclopédie : les noms lus dans les archives de l’esclavage, les marrons cités par les détachements, Fanny Desjardins, Edmond Albius. Cette page ne les recommence pas. Elle les relie.

Statue contemporaine en bronze dédiée à Anne Mousse, à Sainte-Marie.
Anne Mousse dans la mémoire d’aujourd’hui, à Sainte-Marie. Sculpture contemporaine : ce n’est pas un portrait d’époque. Œuvre d’Anne Hoarau avec Alexandre Guéry. Photo : Alexanne97431, CC BY-SA 4.0.

Démographie

Séjours, arrivées, recensements

Les premiers effectifs ne forment pas une série continue de population résidente. Le tableau du haut compte des groupes qui passent ou qui s’installent. Le tableau du bas, et le graphique, comptent des dénombrements.

Séjours et arrivées

DateNatureEffectif retenuLecture
1646Séjour temporaire12 mutinsFort-Dauphin → Tour des Roches. Ils repartent en 1649.
1654Séjour temporairecomptes divergents14 personnes dans un récit ; 7 Français et 6 serviteurs dans un autre. Départ en 1658.
1663Installation durable12 personnes2 Français, 10 Malgaches. Origine du peuplement qui reste.
1665Arrivée colonialeune vingtaine de colonsÉtienne Regnault, Le Taureau, 9 juillet. Ce sont des arrivants, pas le total de l’île.

Dénombrements et recensements

AnnéeHabitantsNature du chiffre
1696269Dénombrement cité pour Bourbon : 200 Blancs et 69 Noirs, d’après la synthèse du Département.
1704734Premier recensement général souvent retenu pour l’île.
17141 780 / 1 157Le Département donne 1 780 habitants (623 Blancs et 1 157 Noirs). Une table publiée pour la même année donne 623 Blancs et 534 esclaves, soit 1 157. Les deux lectures restent.
17358 2891 716 libres et 6 573 esclaves, d’après les tables coloniales recoupées.
1968416 525Insee, recensement. Pour les DOM, le millésime statistique est 1967.
1975476 675Insee. Millésime DOM : 1974.
1982515 814Insee.
1990597 823Insee.
1999706 300Insee.
2007794 107Insee.
2012833 944Insee.
2017853 659Insee.
2023889 679Insee, population municipale au 1er janvier 2023. Arrondi de communication : 889 700.

Graphique des recensements

Deux échelles, l’une après l’autre : Bourbon encore petite, puis le département d’aujourd’hui. 1714 est tracé à 1 780, lecture du Département ; l’autre lecture, 1 157, est dans le tableau.

Bourbon, XVIIe–XVIIIe siècles

La Réunion, série Insee

Une société qui ne reste pas égale

Ce que les migrations ont fait du peuple

Le peuple réunionnais ne naît pas d’un seul débarquement. Il se forme dans la durée : alliances des premières familles, traite et esclavage, marronnage, abolition, engagisme, commerces, unions, créole parlé à la maison. Les personnes réduites en esclavage ne sont pas un chiffre de plantation. Elles ont des noms, quand les archives les donnent, et un silence, quand elles ne les donnent pas. On n’invente ni filiation ni témoignage à leur place.

Saint-Paul garde le rivage des commencements. Saint-Denis devient plus tard le siège du pouvoir. Sainte-Marie garde Anne Mousse. La Possession garde le lazaret. Les vingt-quatre communes portent ensuite chacune une part de cette histoire. Cette fiche ouvre le chemin ; elle ne le referme pas.