Ce qu’un papier établit
Acte paroissial, registre d’état civil, concession, matricule, registre spécial de 1848, mémoire administratif, recensement. On date l’attestation, pas le mythe d’origine.
Encyclopédie des noms
Un nom réunionnais n’est pas une étiquette folklorique. C’est souvent le reste d’un voyage, d’un contrat, d’un baptême, d’un affranchissement ou d’une transcription de greffe. Cette rubrique raconte les patronymes à partir des archives, lorsque le document le permet, et sans ouvrir les vies contemporaines.
Lire un nom
Acte paroissial, registre d’état civil, concession, matricule, registre spécial de 1848, mémoire administratif, recensement. On date l’attestation, pas le mythe d’origine.
Une étymologie possible, une souche unique supposée, une lecture onomastique. Elle est dite comme telle. Elle ne devient pas une certitude de comptoir.
Un récit de village, un surnom, une prononciation. La mémoire compte. Elle n’a pas le même statut qu’un registre. Nous la nommons sans la faire passer pour une archive.
Nout Famille n’est pas un site de généalogie des vivants. Aucun arbre contemporain, aucune adresse, aucun détail d’état civil récent. Quand un nom est fréquent, on documente sa période d’apparition et ses variantes, pas la vie privée de ceux qui le portent aujourd’hui.
Comment un nom arrive
Un patronyme réunionnais peut naître de cinq chemins, parfois superposés dans une même graphie. Les reconnaître aide à comprendre pourquoi un nom ne raconte pas toujours une seule histoire.
Un colon, un soldat de la Compagnie des Indes, un rescapé de Fort-Dauphin, un marin, un artisan ou un commerçant arrive déjà nommé. Le greffe de Bourbon fixe alors une graphie, parfois phonétique ; beaucoup des premiers habitants ne signaient pas.
Sous l’esclavage, les personnes sont le plus souvent inscrites sous un prénom d’usage colonial. Après le décret du 27 avril 1848, appliqué ici le 20 décembre, les registres spéciaux leur attribuent un nom complet. Celui-ci n’est pas toujours choisi librement : il peut venir d’un mot, d’une anagramme ou d’un surnom imposé.
Les contrats et les greffes transforment parfois un prénom, un nom de caste, un lieu ou un mot entendu. Cela concerne des personnes venues d’Inde, de Chine, d’Afrique, de Madagascar, des Comores et d’ailleurs. Les graphies malbar en gardent des traces.
Un quartier, un métier ou un marqueur d’origine peut se fixer dans les papiers. Le mot créole zarab, par exemple, relève d’une histoire locale des désignations et ne signifie pas que chaque personne concernée vienne d’Arabie.
Deux Payet, deux Cadet ou deux Rivière peuvent avoir des parcours différents. Un nom porté par un colon au XVIIe siècle peut coexister avec le même nom attribué après l’affranchissement au XIXe.
Corpus par vagues
Le peuplement permanent s’amorce à Saint-Paul en 1663, avec deux Français et dix Malgaches venus de Fort-Dauphin, puis devient durable en 1665 avec le groupe conduit par Étienne Regnault. Les noms européens de cette phase (Hoarau, Payet, Grondin, Maillot, Rivière, Techer, Cadet selon les listes) ne doivent pas faire oublier que des Malgaches sont là dès le premier jour, souvent sans patronyme transmis.
Le Mémoire d’Antoine Boucher, rédigé vers 1710, donne des portraits d’habitants déjà installés. C’est une source précieuse et partiale : un administrateur juge, il ne dresse pas un dictionnaire neutre.
Les concessions (comme celles de Louis et Étienne Cadet et de Joseph Rivière à Ravine Sèche, 1719–1722, sur le territoire de l’actuel Étang-Salé) ancrent des noms dans un lieu. L’esclavage structure alors la société : beaucoup de personnes n’ont encore, dans les papiers, qu’un prénom.
Des Indiens sont déjà présents au XVIIIe siècle, esclaves ou travailleurs libres recrutés par la Compagnie des Indes. Leur nombre n’égale pas celui des personnes venues d’Afrique ou de Madagascar ; leur présence n’est pas une anecdote.
Quatre registres d’affranchissement (1832–1848) précèdent le basculement. Après le 20 décembre 1848, trente-sept registres spéciaux servent à inscrire les personnes non libres affranchies et à leur donner un nom complet, notamment en vue des élections de septembre 1849. C’est le premier recensement exhaustif de l’ancienne population esclave. Autour de soixante mille personnes sont concernées ; les décomptes varient selon le périmètre.
Le même 20 décembre 1848, le trois-mâts Mahé de Labourdonnais débarque cinq cents engagés embarqués à Pondichéry et Karikal. Le Portail de l’esclavage estime qu’environ 117 000 Indiens, 37 000 Africains, plus de 3 500 Chinois et Vietnamiens, plus de 3 600 Malgaches et environ 3 000 Rodriguais ont été officiellement enregistrés comme engagés entre 1828 et 1933. Les enfants ont parfois été comptés pour moitié ou pour quart : le chiffre exact des personnes reste ouvert.
Les lazarets de la Grande Chaloupe deviennent le seuil sanitaire de ces arrivées. Le nom écrit sur le contrat n’est pas toujours le nom porté au départ.

Des familles d’origine chinoise s’installent dans le commerce. Des Indiens musulmans du Gujarat, souvent passés par Maurice ou Madagascar, ouvrent boutiques et bâtissent des mosquées. Leurs noms, parfois précédés d’un marqueur d’origine dans les papiers, deviennent des patronymes réunionnais à part entière.
Les noms
Chaque nom ouvert ici s’appuie sur une archive, un registre ou une attestation recoupée. D’autres noms très portés sur l’île — Fontaine, Boyer, Dijoux, Lebon, Lauret — apparaîtront dès qu’une première trace documentée pourra être exposée sans invention.
Concessions de 1719–1722 à Ravine Sèche. Nom aussi présent dans les listes de souches du XIXe siècle. Homonymies possibles.
CorpusTranscriptions, marqueur « Chine », commerces, pagodes. Chane parmi les noms fréquents de l’agrégat d’état civil.
Jacques Maillot parmi les rescapés de Fort-Dauphin arrivés en 1676. Nom encore très présent.
CorpusFormation des patronymes d’engagés indiens : prénoms, suffixes, erreurs de greffe. Pas d’étymologie de comptoir.
Présent dans les listes de souches publiées au XIXe siècle. Graphie réunionnaise stable. Étymologie non tranchée.
TurpinDenis Turpin mentionné par Boucher vers 1710, déjà présent depuis plus de vingt ans. Variante d’un nom français ancien.
CorpusFamilles musulmanes du Gujarat. Le mot créole, les papiers d’identité, les mosquées. Sans cliché commercial.
Fréquence
Les tableaux ci-dessous reprennent un agrégat largement diffusé des naissances enregistrées à La Réunion entre 1891 et 2000 (compilation d’état civil reprise par Filae / L’Internaute). Ce n’est pas un recensement officiel Insee des noms « les plus portés aujourd’hui ». C’est une photographie des naissances sur un siècle.
| Rang dans l’agrégat | Nom | Naissances 1891–2000 (agrégat) |
|---|---|---|
| 1 | Payet | 32 638 |
| 2 | Grondin | 21 163 |
| 3 | Hoarau | 20 997 |
| 4 | Fontaine | 16 402 |
| 5 | Boyer | 15 626 |
| 6 | Hoareau | 15 339 |
| 16 | Turpin | 6 918 |
Si l’on additionne Hoarau et Hoareau, la double graphie dépasse Payet et Grondin. C’est un fait d’orthographe, pas une « victoire » de famille. La même personne a pu être enregistrée tantôt avec un e, tantôt sans.
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